26 novembre 2009

Les Marches du Palais (2)

 

Jackie Belluna attendait depuis longtemps ce moment là. Non pas qu’elle soit si affamée de gloire, mais elle était vouée dans ce domaine à une fuite en avant implacable, recherchant ces honneurs qui seuls à ses yeux pouvaient faire taire ou du moins suspendre, la férocité que certains continuaient à manifester envers un passé encore trop peu éloigné. Et il est vrai que si durant ses premiers galops d’essai, dans le monde du cinéma, elle fut relativement épargnée, traitée parfois même avec condescendance, la réussite et les jalousies qu’elle suscitait, autant que le voyeurisme habituel que tout personnage public subit, avait repris le dessus, réveillé les censeurs et la curiosité perverse qu’une certaine presse cultive. Jackie n’était pas quelqu’un que l’on touche si facilement. Son arme à elle avait toujours été de s’adapter au mieux aux situations, et elle se sentait prête pour cette rencontre. Son entourage mit un point d’honneur ce jour là à satisfaire ses instructions concernant les quelques heures qui la séparaient de la cérémonie en forme de parade qui incombe chaque année à l’un des grands du cinéma, intronisé pour un soir, prince ou princesse du métier.

Dans sa suite les appels étaient soigneusement filtrés, et très peu de personnes hormis quelques rares proches pouvaient y pénétrer, l’entrée restant sévèrement protégée par les gardes du corps. Elle passa son temps à se reposer, regardant même un programme à la télé, à lire aussi quelques pages du livre testament d’un grand acteur italien, et surtout à méditer, retrouvant presque pour la première fois l’envie et la force de se rappeler le chemin parcouru, et bien sûr l’histoire, celle qui avait précédé ses premiers pas dans le monde du spectacle, et parce qu’elle ne pouvait l’éviter, le drame qui était venu l’ensanglanter, scellant à tout jamais par la mort d’un homme, son destin.

 

Elle pensa à Daniel, loin dans son exil, et dont elle avait parfois des nouvelles - Bonne Chance mon Frère.. – murmura-t-elle comme pour se donner du courage ou chasser les remords.

Un peu plus tard, quand le soleil commença à décliner, aidée par une habilleuse, elle se décida à se préparer, longuement, calmement, et juste avant de quitter le palace pour prendre place dans la limousine qui stationnait devant l’immeuble, protégée de la pression du public par une rangée de barrières métalliques, elle sélectionna sur son téléphone le numéro de Max qui depuis une semaine était à nouveau hospitalisé.

- Maxou ça y est, je vais sortir..

.. Je croise les doigts ma belle.. et n’oublie pas que je te suis en direct à la télé – alors sois brave.. je suis toujours là..

- Pas de problème Maxou.. ça va aller, à bientôt..

Les premiers applaudissements de la fête retentirent dès sa sortie du hall de l’hôtel, et très vite le cortège de voitures prit la direction du centre ville. Elle avait beau s’y être préparée, et tout savoir sur les usages de l’endroit, quand elle quitta la limousine pour se diriger vers l’escalier du palais, elle fût abasourdie par la foule et l’ambiance électrique qui s’en dégageait. Des bravos, des cris de toute part, son nom résonnait partout dans la cohue, et malgré sa volonté elle était parcourue de frissons, légèrement étourdie. Quelques secondes plus tard sous les déclics des photographes et les projecteurs des caméramans, elle foulait le tapis rouge qui recouvrait les marches du palais.

 

 

 

 

Posté par Delucia à 18:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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